Canopé, un magistère pour faire classe dehors dans le second degré

Opérateur du ministère de l’Éducation nationale, Réseau Canopé conçoit un éventail de formations au service de la communauté éducative. Sur la lancée de deux premiers parcours destinés aux enseignants du primaire et disponibles depuis 2021 sur la plateforme Magistère, Canopé a mis en ligne début mai un troisième module pour le collège et le lycée. Retour sur cette initiative avec Mélinée Chanard, qui a piloté ce projet au sein de Canopé, et Laure Pillot, enseignante, qui y a contribué.

Quelles sont les spécificités de Canopé et quel y est votre rôle ?

Mélinée Chanard : Canopé est un opérateur du ministère de l’Éducation nationale, dont la mission principale est dorénavant la formation des enseignants. Nous avons pour cela des ateliers répartis sur le territoire, avec des médiateurs agissant à un niveau local mais aussi national, travaillant en réseau. Pour ma part, au sein de Canopé, je suis responsable du pôle édition Bourgogne-Franche-Comté. On travaille de façon décentralisée sur des projets communs, dans toutes les disciplines et pour tous les niveaux de classe, de la maternelle au lycée. On produit des ressources pour des plateformes de formation à distance comme Magistère, pour accompagner la pratique des enseignants et l’usage des outils numériques. On contribue à la fois à la formation à l’échelle académique, à des projets confiés par le ministère et on répond aux demandes des enseignants qui veulent se former volontairement à certaines thématiques, qui cherchent des ressources et de l’échange de pratiques.

Retrouvez

  • le site collaboratif de l’action classe dehors : 

classe-dehors.org

  • le magistère du Réseau Canopé 

Parcours classe dehors dans le secondaire

 

 

Comment Canopé s’est-il saisi de la thématique « classe dehors » ?

Mélinée Chanard : Aujourd’hui, au sein de Canopé, Classe dehors est un projet commun à plusieurs territoires et services éditoriaux. Nous avons senti monter l’intérêt des enseignants pour cette thématique, notamment lors du premier confinement. Cela nous a permis d’identifier le besoin de formation à mettre en place. En mai 2021, on a édité un premier kit, avec quelques premiers repères pour faire classe dehors. Ce sont des outils très simples, que des enseignants peuvent mettre en œuvre facilement, sans révolutionner toute leur pratique.

 

On avait le désir d’aller plus loin, et on a aussi regardé ce qui se faisait déjà, ce qui nous a conduit à la Fabrique des communs pédagogiques (qui s’appelait alors Faire école ensemble). C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Laure Pillot, qui est enseignante en lycée : son expérience m’intéressait car les projets classe dehors dans le secondaire sont beaucoup moins développés que dans le primaire.

Laure Pillot : La classe dehors est une pratique déjà ancienne, ce qui justifie qu’elle n’ait pas été perçue comme une innovation pédagogique . La vraie nouveauté est liée à la crise sanitaire, où elle a été reconnue et soutenue par le Ministère. Dans le secondaire, en effet, peu de collègues font classe dehors au sens d’une régularité hebdomadaire, mais ce critère ne doit pas être limitatif. Beaucoup d’initiatives isolées de collègues existent, un peu partout en France. Parmi les plus réguliers dans leurs sorties, on trouve de nombreux enseignants de SVT, parmi lesquels ceux du groupe académique « Jardins Créteil », dont deux des membres ont été filmés dans le Magistère.

 

Comment définir alors ce magistère ? Une boîte à outils, ou un peu plus que cela ?
 

Mélinée Chanard : Magistère, c’est la plateforme ministérielle en matière de formation à distance des enseignants. Il s’agit d’un outil institutionnel auquel tous les enseignants du public ont accès, sur lequel on trouve deux types de parcours : des formations académiques proposées par les rectorats ; et d’autre part des parcours en autoformation, qui sont publiés par les académies, par le Ministère, ou encore par des opérateurs comme Canopé. L’accès des enseignants à ces parcours en autoformation repose sur la base du volontariat ; ce que l’on propose doit être compatible avec l’emploi du temps des enseignants, et pouvoir être transposé directement et facilement dans une pratique. L’idée est d’accompagner les enseignants qui souhaitent mettre en place ou développer leur propre projet de classe dehors.

Laure Pillot : Dans le Magistère tel qu’on l’a conçu, il n’y a pas d’injonction, il s’agit vraiment de donner envie aux gens, et que chacun puise en fonction de ses besoins, pour ajouter une corde supplémentaire à son arc pédagogique tout en améliorant les conditions de travail des élèves et celles des enseignants eux-mêmes.

Concrètement, comment se présente ce magistère Classe dehors ?

Mélinée Chanard : Au départ, un questionnaire d’auto-positionnement permet aux enseignants d’identifier ce qui peut les inquiéter ou les empêcher de faire classe dehors, ou au contraire de reconnaître un terrain favorable. Cette étape permet d’aller directement sur les parties du Magistère qui sont les plus adaptées à leur situation, sans avoir à faire tout le parcours. Celui-ci se compose de quatre grandes parties, avec des vidéos, une description synthétique d’activités possibles, des documents comme des listes de matériel à prévoir, des petits mémos sur des partenaires à solliciter, les autorisations à demander ou pas.

Une dernière partie est plus particulièrement consacrée à l’aménagement d’espaces extérieurs. En primaire, c’est relativement facile de sortir une demi-journée, en matinée ou dans l’après-midi. Dans le secondaire, c’est plus compliqué. Quand on n’y arrive pas, la solution consiste à sortir au plus près, c’est-à-dire dans la cour de l’établissement : on indique alors quelques pistes pour aménager ces cours, en végétalisant l’espace, en désartificialisant, etc.

Vous parliez de vidéos. Comment ont-elles été réalisées ?

Laure Pillot : Pour une part, on s’est adressées à des collègues que je connaissais ; d’autres avaient été identifiés par Canopé : c’est tout l’avantage de pouvoir croiser un réseau comme Canopé avec des expériences de terrain. On a réalisé une série de petits reportages, de trois à six minutes, dans un collège à Vitry-sur-Seine, dans un lycée à Saint-Denis et dans un lycée à côté d’Angers, ainsi qu’au lycée-pilote de Chasseneuil, sur le site du Futuroscope.

 

La parole des enseignants est primordiale. Deux enseignants en SVT expliquent ainsi comment passer de l’intérieur à l’extérieur, et vice-versa ; une professeure de philosophie parle des cours qu’elle fait en extérieur, de ce que ça permet en termes de rythme du cours, d’individualisation de la relation et de concentration des élèves sur des études de texte ou des moments de discussion, etc. On fait aussi intervenir le directeur d’une association d’éducation à l’environnement, dans les Deux-Sèvres. C’était important, pour inciter les gens à s’attacher des partenaires de terrain, d’introduire ainsi le champ associatif qui est moins présent dans le secondaire qu’en primaire. Même si des associations comme la Main à la pâte interviennent déjà dans les lycées, les contraintes horaires et la parcellisation des emplois du temps peuvent rendre la chose plus compliquée.

Y a-t-il dans le secondaire d’autres types de réticences que ces contraintes horaires ?

Laure Pillot : Déjà, dans le primaire, on constate que les projets de classe dehors concernent majoritairement les petites classes, sans doute parce qu’il est plus facile de susciter chez de jeunes enfants un émerveillement collectif. Le lien avec la nature semble a priori moins évident pour des adolescents, mais cela tient surtout au regard que porte la société sur l’adolescence. Ensuite, bien sûr, l’adolescence se manifeste souvent par des rapports d’opposition et de confrontation. Cela conduit les enseignants à développer des techniques de gestion de classe, et certains collègues peuvent craindre de moins bien contrôler la situation s’ils changent le contexte du cours. Mais il suffit de poser un cadre au début des séances en extérieur. Enfin, les supports numériques ont pris beaucoup de place au lycée. C’est compliqué lorsqu’on a conçu son cours à partir d’un PowerPoint de le transposer en extérieur.

Est-ce que cela aussi a aussi à voir avec la relation au corps, au mouvement, à l’espace ? En classe, les élèves sont assis, dans une position statique.

Mélinée Chanard : Au-delà de la classe dehors, aujourd’hui, ce sont des questions qui sont interrogées, qui font l’objet études. Mais la classe dehors permet en effet d’offrir aux élèves, et aussi aux enseignants, des espaces avec une grande liberté de circulation, ainsi qu’une autre répartition de la parole qui éloigne d’une situation « magistrale ». Cette question est peu développée dans le Magistère, parce qu’on ne pouvait pas tout aborder.

Laure Pillot : Dans le secondaire, les élèves sont le plus souvent assis, sauf pendant les heures de sport, évidemment, mais aussi dans les cours de physique et de SVT. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’on trouve dans ces matières davantage de collègues qui vont faire classe dehors, en plus d’y trouver un terrain d’observation qui peut être propice à leur discipline respective. Mais de façon générale, il y a un postulat de base : gérer 36 adolescents seul, cela peut être compliqué, que l’on soit dedans ou dehors. C’est pour cela qu’on encourage beaucoup, avec la classe dehors, la co-animation.

Chez les adolescents, la notion de risque est importante. On parle même, dans certains cas, de « conduite à risque », ce qui est une façon très négative d’envisager cet âge de la vie. Dans la « prise de risque », il y a aussi le fait d’apprendre des choses sur soi et le monde qui nous entoure. Sans mettre les élèves en position de danger, la classe dehors permet de ne pas nier cet aspect essentiel de leur apprentissage, qu’ils puissent se confronter à quelque chose d’éventuellement difficile à surmonter. L’aspect du collectif est important. La classe dehors, c’est être dehors, mais ensemble. Et c’est ce que propose l’école, de façon générale. Beaucoup d’apprentissages pourraient se faire chez soi. Ce qu’on apporte aux élèves, c’est de faire collectivement, faire société à plusieurs. Les compétences que développent les enseignants pour gérer cet apprentissage en collectif peuvent être facilement transposées d’une salle de classe à un environnement extérieur.

 

Mais le sujet que vous abordez ne concerne pas que les élèves. La question du corps de l’enseignant n’est quasiment jamais prise en compte, sauf depuis le Covid… Il y a eu une prise de conscience sur des questions liées à l’hygiène (par exemple, pouvoir se laver les mains après une activité), mais aussi relatives à la voix, avec le port du masque. Aujourd’hui, il y a dans la plupart des académies des formations à la posture enseignante, notamment par le biais du théâtre. La classe dehors peut être une occasion intéressante de réfléchir sur la façon dont on se place dans l’espace et la posture pédagogique que cela induit. On n’a pas eu le temps de développer ce thème dans le Magistère, mais cela peut être une piste ultérieure de prolongement.

Quels résultats, quels retours attendez-vous de ce nouveau magistère ?

Mélinée Chanard : D’une part, on espère que des enseignants intéressés, mais qui hésiteraient, puissent réaliser que ce n’est pas très compliqué de commencer à faire classe dehors ; et pour d’autres, qu’ils se sentent autorisés à se lancer dans des projets plus ambitieux. En outre, au sein du réseau Canopé, ce Magistère nous permet d’apporter des outils pour proposer davantage de formations sur la classe dehors, notamment dans le second degré, en la reliant à d’autres sujets sur lesquels nous travaillons, tels que l’architecture scolaire, le cadre relationnel que l’on instaure avec les élèves, etc.

Propos recueillis et édités par Jean-Marc Adolphe pour la Fabrique des Communs Pédagogiques.

Cet article est publié sous licence CC.BY.SA 4.0

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