Journal de bord des Rencontres #5

Une affiche à six mains, inspirée par des dessins d’enfants

Moé Muramatsu, Nolwenn Auneau et Margot Stuckelberger, contributrices régulières de la revue en ligne Topophile, ont conçu, au gré d’un processus collaboratif de création, l’affiche des Rencontres internationales de la classe dehors, en s’inspirant des nombreux dessins d’enfants reçus en juin dernier (visibles dans la galerie). Cette affiche se présente comme un puzzle, ludique et modulable, dont chaque case représente une situation typique de la classe dehors. Publiée sous licence Creative Commons, elle peut en outre être réutilisée ou adaptée à l’infini.

Pouvez-vous vous présenter ?

Nolwenn Auneau : je suis architecte et designer diplômée de l’école Boulle et de l’Ensa Paris Belleville. Mes différentes expériences sur des permanences architecturales m’ont sensibilisée aux démarches d’architecture participative. J’ai notamment participé au projet du Lycée avant le Lycée à Bagneux avec la Preuve par 7 pour la co-construction d’un lycée dit “extraordinaire” sur la commune. Au-delà de cette question de l’enseignement, je me passionne pour les innovations faites dans le logement social et pour leur capacité à offrir des lieux habitables pour tous. Dans ma pratique, le dessin est un moyen d’exprimer des idées, illustrer des engagements, ou simplement traduire graphiquement ce qui m’entoure.

Margot Stuckelberger : Diplômée de l’ENSA Normandie d’un master Architecture Environnement et Culture Constructive, j’ai pu exprimer grâce à mon projet de fin d’études que l’on peut toujours concevoir l’architecture par le dessin, à la main, outil sensible de vecteur d’idée. Je dessine aujourd’hui sur mon temps libre, j’observe ce qui m’entoure et je réalise des illustrations. J’aime explorer les différentes facettes du métier d’architecte, c’est pourquoi après avoir travaillé comme « assistante architecte/urbaniste conseil » pour la Métropole de Lyon, j’effectue actuellement un tour de l’Asie du Sud-Est pour m’inspirer des techniques constructives utilisant des matériaux eco/géosourcés (bois, bambou, paille, herbe, terre, etc.) et rejoindre Ho-Chi-Minh, pour une résidence artistique de recherche par le dessin sur le thème de « l’architecture, la ville et l’eau ».

Moé Muramatsu : Étudiante à l’École Nationale Supérieure de Paysage à Versailles, j’aime contempler ce qui est proche et loin, et jouer ensuite avec la matière pour questionner et capturer ces moments. J’ai une pratique du dessin et de la vidéo qui me mène à errer dans les lieux. Et pour continuer dans cette errance.

Pauline Catala : Je suis coordinatrice des actions de communication de la Fabrique des Communs Pédagogiques. J’ai travaillé pendant 10 ans dans la communication et le numérique avant de rejoindre la FabPeda. J’avais en parallèle déjà un pied dans le milieu associatif et la pédagogie, étant enseignante bénévole de français depuis plusieurs années pour des personnes étrangères en situation de précarité.

Quelle a été votre intention avec cette affiche ?

Pauline : Nous avons pensé le travail autour de l’affiche comme un travail collectif. Cela nous semblait important dans la mesure où la classe dehors et notre engagement autour des communs conduit au faire ensemble. La conception a commencé par une collecte d’idées auprès d’enfants et de jeunes avec le concours – sans mise en compétition -“dessine-moi ta classe dehors”. Nous souhaitions que l’affiche soit une incitation à explorer la diversité des situations qui se présentent en classe dehors, montrer la diversité de pratiques qu’elle représente. Nous sommes en lien avec la revue Topophile – spécialisée dans les lieux et les espaces – et avons apprécié l’univers créatif de trois de leurs contributrices qui étaient Margot, Moé et Nolwenn. Nous leur avons donc proposé de dessiner l’illustration de l’affiche à 6 mains.

Nolwenn, Moé et Margot : L’apprentissage par le jeu étant un des piliers de la Classe dehors, nous avons choisi de faire de cette affiche un objet ludique et modulable. Le visuel est conçu comme un puzzle, dont chaque case représente une situation typique de la classe dehors. L’affiche donne ainsi à voir une diversité d’activités, lieux, moments, propices à l’apprentissage hors les murs de l’école. L’aspect modulable du puzzle permet une grande liberté d’utilisation du visuel. Les différentes cases peuvent être collées sur un mur dans le désordre, multipliées pour prendre plus d’ampleur, ou même recomposées afin de déployer le visuel sous différents formats… tout est permis !

Pouvez-vous nous raconter comment s’est passée la conception ?

Pauline : Les dessins que nous avons reçus de la part des enfants sont une véritable mine d’or. Ils montrent comment chaque enfant perçoit la classe dehors, à travers sa façon de représenter l’espace, le vivant, les situations d’apprentissage. Certains éléments revenaient régulièrement : des papillons, un cours d’eau, la bâche qu’un enseignant de maternelle utilise pour déposer le matériel pédagogique… Ou encore « Garou », le chien d’une voisine d’une école maternelle en Bretagne. Notre volonté était de faire de l’affiche un reflet de tous ces regards d’enfants.

Nolwenn, Moé et Margot : Étant toutes les trois partantes pour illustrer l’événement des Rencontres internationales de la classe dehors, nous avons décidé de construire le visuel à six mains. Nous avons commencé par réfléchir au contenu de chaque case. Il s’agissait pour chacune de définir une activité, un lieu, un moment de la journée ainsi qu’une saison. En somme, prouver par le dessin que cette pratique pédagogique trouve un intérêt à tout moment de l’année en fonction du lieu et de l’enseignement proposé. Il s’agissait ensuite d’articuler nos différents styles de dessin par rapport aux autres avec harmonie. Le style abstrait de Moé vient composer l’affiche d’un fin sillon bleu ciel liant les cases entre elles. À partir de cette première trace, Nolwenn plante les différents décors par des dessins figuratifs au trait bleu électrique. Enfin, Margot installe les acteurs de chaque scénette à l’encre noire. Quelques réajustements colorimétriques ont permis d’arriver au résultat final.

Qu’avez-vous voulu raconter avec cette affiche ?

Nolwenn, Moé et Margot : Selon nous, cette affiche illustre le plaisir d’apprendre. Nos discussions à trois, ainsi qu’avec Pauline nous ont permis d’entrevoir la multitude de manières de faire école dehors, dont nous aurions rêvé bénéficier étant petit.e.s. Ce visuel invite à plonger dans chaque scénette et à rêver de les voir se multiplier. On y retrouve du jeu libre, une nuit à la belle étoile, autant que des matières scolaires comme les mathématiques, l’histoire ou le français, les sciences etc. enseignées dans des contextes propices à la curiosité et à l’éveil des passions. Nous espérons que cette affiche permettra de convaincre de la multitude de possibilités qu’offre la classe dehors pour permettre aux enfants d’apprendre leur milieu.

Pourquoi avoir choisi une licence Creative Commons pour l’affiche ?

Pauline : en accord avec Nolwen, Moé et Margot, nous avons opté pour une licence creative commons CC BY SA NC qui autorise à réutiliser ou adapter l’œuvre. Nous aimerions proposer à des élèves et des artistes de se réapproprier l’affiche, de la réinterpréter ou d’en créer des extensions. Nous souhaitons aussi permettre à celles et ceux qui le souhaiteraient de réutiliser l’affiche pour leurs rencontres locales en lien avec la classe dehors. En réalité ce ne sera pas une mais 12 affiches qui pourront être réutilisées puisque que chaque zone sera déclinée en affiche modifiable et réutilisable.

Quel regard portez-vous sur le développement de la classe dehors ? (réponse personnelle, lié à vos parcours, métier)

Nolwenn : Je ne garde pas d’excellents souvenirs des cours en classe à l’école, c’était toujours difficile pour moi de rester concentrée. J’ai cependant bien gardé en mémoire cette après-midi où notre professeur de SVT nous a emmenés observer les vers de terre dans le parc voisin de l’école, ou encore cet atelier d’accrochage d’abris à oiseaux en maternelle. Ces moments étaient rares, j’en garde le souvenir de grands accomplissements, sans parler des classes découvertes qui marquent les années scolaires et construisent notre rapport aux autres. La classe dehors évoque donc pour moi un moyen merveilleux d’explorer les manières d’apprendre, hors les murs, là où chaque élève peut trouver sa place.

Margot : La classe dehors représente pour moi la clé d’un épanouissement nécessaire. L’apprentissage par l’expérimentation et l’observation à l’extérieur sont indispensables. Le jeu libre, notion fondamentale de la classe dehors a parfois manqué dans ma scolarité et c’est par des activités extrascolaires que j’ai pu pleinement m’épanouir. Les meilleurs souvenirs de ma scolarité se sont passés dehors : des courses d’orientations dans la ville lors de voyages scolaires au collège, des séances de méditation dans le parc de l’école d’Architecture avant les cours d’arts plastiques, des débats philosophiques dans la cour de mon lycée…

Moé : En entrant dans les études de paysage, l’arpentage fut une découverte sur la lecture spatiale, vivante, celle de la lecture du paysage. Être à l’échelle de l’arbre, ou de la rue, de l’extérieur, c’est avoir un corps qui possède plus de mouvement, et ainsi qui s’ancre dans son contexte. Faire cours avec le dehors, c’est une attache et un soin porté vers sa géographie d’aujourd’hui. La classe dehors amène cet apprentissage autonome, à toute échelle d’études, c’est une classe que j’aurais adoré vivre, pour sûr !

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