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Sortir pour aller à la rencontre

Les arts de la rue tels qu’on les connait aujourd’hui sont le fruit d’une dynamique initiée à la fin des années 1970, par des artistes attirés par le dehors. Alors que le chemin de l’institutionnalisation a été, au cours des décennies précédentes, de créer les lieux pour la culture, ces cognes-trottoirs ont voulu s’échapper et retrouver le ciel pour seule voûte à même de couvrir leurs œuvres.

Sortir, en premier lieu, est une démarche de mise en partage : il s’agit d’aller chercher d’autres publics, moins habitués au confort des lieux dédiés à l’acte artistique. Mais c’est aussi une volonté de sortir du cadre préétabli, et ainsi de faire tomber les barrières mentales qui grandissent entre ce qui serait culture, et ce qui ne le serait pas : la quête de l’espace public est celle de retrouver le commun, et de remettre l’acte artistique au cœur de la société.

La Classe Dehors relève alors de la même intuition : l’enseignement doit-il se cantonner aux lieux dédiés à cette pratique ? Est-ce qu’en l’enfermant ainsi entre les murs protecteurs de l’école, on ne réduit pas la potentialité de la classe ?

Poser la question, c’est déjà y répondre. Les écoles comme les théâtres gardent leur nécessité et leur légitimité, mais il faut savoir en sortir pour se confronter au monde, pour aller à la rencontre du vivant, humains et non humains, pour se frotter aux dynamiques, aux flux, aux souffles qui animent les villes et les campagnes. Sortir pour inclure, aller à la rencontre, laisser advenir l’inconnu et l’imprévu. Que ce soient des performances ou des protocoles d’enseignement, les laisser se faire bousculer par la réalité. Les penser souples, furtifs, capables d’absorber cette part d’aléatoire que l’on rencontrera probablement au dehors, et en sortir plus grand, plus beau, plus complexe … et plus riche du chemin parcouru ensemble au-dehors.

Par Alexis Nys – Directeur de Lieux Publics, centre national des arts de la rue et de l’espace public & pôle européen de création

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[VIDÉO] La pédagogie sociale : travail éducatif en milieu ouvert

« La classe dehors est une nécessité parce que dans leur vie, les enfants que nous accompagnons sont dehors. Même quand ils sont dans les institutions, nous croyons qu’ils sont là mais leur vie est dehors. En réalité, nous rejoignons les enfants dehors. »

Le 7ème festival de pédagogie sociale « Janusz Korczak », organisé par Intermèdes Robinson, démarrera ce vendredi 4 novembre à Viry-Châtillon (91). Intermèdes Robinson intervient auprès d’enfants et familles précaires, en-dehors des institutions habituelles de l’éducation.

Rencontre avec Laurent OTT, directeur de l’association, lors de la Journée d’Études « Faire école hors classe » organisée à l’Inspé de Caen en juin 2022.

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Journal de bord des Rencontres #5

Une affiche à six mains, inspirée par des dessins d’enfants

Moé Muramatsu, Nolwenn Auneau et Margot Stuckelberger, contributrices régulières de la revue en ligne Topophile, ont conçu, au gré d’un processus collaboratif de création, l’affiche des Rencontres internationales de la classe dehors, en s’inspirant des nombreux dessins d’enfants reçus en juin dernier (visibles dans la galerie). Cette affiche se présente comme un puzzle, ludique et modulable, dont chaque case représente une situation typique de la classe dehors. Publiée sous licence Creative Commons, elle peut en outre être réutilisée ou adaptée à l’infini.

Pouvez-vous vous présenter ?

Nolwenn Auneau : je suis architecte et designer diplômée de l’école Boulle et de l’Ensa Paris Belleville. Mes différentes expériences sur des permanences architecturales m’ont sensibilisée aux démarches d’architecture participative. J’ai notamment participé au projet du Lycée avant le Lycée à Bagneux avec la Preuve par 7 pour la co-construction d’un lycée dit “extraordinaire” sur la commune. Au-delà de cette question de l’enseignement, je me passionne pour les innovations faites dans le logement social et pour leur capacité à offrir des lieux habitables pour tous. Dans ma pratique, le dessin est un moyen d’exprimer des idées, illustrer des engagements, ou simplement traduire graphiquement ce qui m’entoure.

Margot Stuckelberger : Diplômée de l’ENSA Normandie d’un master Architecture Environnement et Culture Constructive, j’ai pu exprimer grâce à mon projet de fin d’études que l’on peut toujours concevoir l’architecture par le dessin, à la main, outil sensible de vecteur d’idée. Je dessine aujourd’hui sur mon temps libre, j’observe ce qui m’entoure et je réalise des illustrations. J’aime explorer les différentes facettes du métier d’architecte, c’est pourquoi après avoir travaillé comme « assistante architecte/urbaniste conseil » pour la Métropole de Lyon, j’effectue actuellement un tour de l’Asie du Sud-Est pour m’inspirer des techniques constructives utilisant des matériaux eco/géosourcés (bois, bambou, paille, herbe, terre, etc.) et rejoindre Ho-Chi-Minh, pour une résidence artistique de recherche par le dessin sur le thème de « l’architecture, la ville et l’eau ».

Moé Muramatsu : Étudiante à l’École Nationale Supérieure de Paysage à Versailles, j’aime contempler ce qui est proche et loin, et jouer ensuite avec la matière pour questionner et capturer ces moments. J’ai une pratique du dessin et de la vidéo qui me mène à errer dans les lieux. Et pour continuer dans cette errance.

Pauline Catala : Je suis coordinatrice des actions de communication de la Fabrique des Communs Pédagogiques. J’ai travaillé pendant 10 ans dans la communication et le numérique avant de rejoindre la FabPeda. J’avais en parallèle déjà un pied dans le milieu associatif et la pédagogie, étant enseignante bénévole de français depuis plusieurs années pour des personnes étrangères en situation de précarité.

Quelle a été votre intention avec cette affiche ?

Pauline : Nous avons pensé le travail autour de l’affiche comme un travail collectif. Cela nous semblait important dans la mesure où la classe dehors et notre engagement autour des communs conduit au faire ensemble. La conception a commencé par une collecte d’idées auprès d’enfants et de jeunes avec le concours – sans mise en compétition -“dessine-moi ta classe dehors”. Nous souhaitions que l’affiche soit une incitation à explorer la diversité des situations qui se présentent en classe dehors, montrer la diversité de pratiques qu’elle représente. Nous sommes en lien avec la revue Topophile – spécialisée dans les lieux et les espaces – et avons apprécié l’univers créatif de trois de leurs contributrices qui étaient Margot, Moé et Nolwenn. Nous leur avons donc proposé de dessiner l’illustration de l’affiche à 6 mains.

Nolwenn, Moé et Margot : L’apprentissage par le jeu étant un des piliers de la Classe dehors, nous avons choisi de faire de cette affiche un objet ludique et modulable. Le visuel est conçu comme un puzzle, dont chaque case représente une situation typique de la classe dehors. L’affiche donne ainsi à voir une diversité d’activités, lieux, moments, propices à l’apprentissage hors les murs de l’école. L’aspect modulable du puzzle permet une grande liberté d’utilisation du visuel. Les différentes cases peuvent être collées sur un mur dans le désordre, multipliées pour prendre plus d’ampleur, ou même recomposées afin de déployer le visuel sous différents formats… tout est permis !

Pouvez-vous nous raconter comment s’est passée la conception ?

Pauline : Les dessins que nous avons reçus de la part des enfants sont une véritable mine d’or. Ils montrent comment chaque enfant perçoit la classe dehors, à travers sa façon de représenter l’espace, le vivant, les situations d’apprentissage. Certains éléments revenaient régulièrement : des papillons, un cours d’eau, la bâche qu’un enseignant de maternelle utilise pour déposer le matériel pédagogique… Ou encore « Garou », le chien d’une voisine d’une école maternelle en Bretagne. Notre volonté était de faire de l’affiche un reflet de tous ces regards d’enfants.

Nolwenn, Moé et Margot : Étant toutes les trois partantes pour illustrer l’événement des Rencontres internationales de la classe dehors, nous avons décidé de construire le visuel à six mains. Nous avons commencé par réfléchir au contenu de chaque case. Il s’agissait pour chacune de définir une activité, un lieu, un moment de la journée ainsi qu’une saison. En somme, prouver par le dessin que cette pratique pédagogique trouve un intérêt à tout moment de l’année en fonction du lieu et de l’enseignement proposé. Il s’agissait ensuite d’articuler nos différents styles de dessin par rapport aux autres avec harmonie. Le style abstrait de Moé vient composer l’affiche d’un fin sillon bleu ciel liant les cases entre elles. À partir de cette première trace, Nolwenn plante les différents décors par des dessins figuratifs au trait bleu électrique. Enfin, Margot installe les acteurs de chaque scénette à l’encre noire. Quelques réajustements colorimétriques ont permis d’arriver au résultat final.

Qu’avez-vous voulu raconter avec cette affiche ?

Nolwenn, Moé et Margot : Selon nous, cette affiche illustre le plaisir d’apprendre. Nos discussions à trois, ainsi qu’avec Pauline nous ont permis d’entrevoir la multitude de manières de faire école dehors, dont nous aurions rêvé bénéficier étant petit.e.s. Ce visuel invite à plonger dans chaque scénette et à rêver de les voir se multiplier. On y retrouve du jeu libre, une nuit à la belle étoile, autant que des matières scolaires comme les mathématiques, l’histoire ou le français, les sciences etc. enseignées dans des contextes propices à la curiosité et à l’éveil des passions. Nous espérons que cette affiche permettra de convaincre de la multitude de possibilités qu’offre la classe dehors pour permettre aux enfants d’apprendre leur milieu.

Pourquoi avoir choisi une licence Creative Commons pour l’affiche ?

Pauline : en accord avec Nolwen, Moé et Margot, nous avons opté pour une licence creative commons CC BY SA NC qui autorise à réutiliser ou adapter l’œuvre. Nous aimerions proposer à des élèves et des artistes de se réapproprier l’affiche, de la réinterpréter ou d’en créer des extensions. Nous souhaitons aussi permettre à celles et ceux qui le souhaiteraient de réutiliser l’affiche pour leurs rencontres locales en lien avec la classe dehors. En réalité ce ne sera pas une mais 12 affiches qui pourront être réutilisées puisque que chaque zone sera déclinée en affiche modifiable et réutilisable.

Quel regard portez-vous sur le développement de la classe dehors ? (réponse personnelle, lié à vos parcours, métier)

Nolwenn : Je ne garde pas d’excellents souvenirs des cours en classe à l’école, c’était toujours difficile pour moi de rester concentrée. J’ai cependant bien gardé en mémoire cette après-midi où notre professeur de SVT nous a emmenés observer les vers de terre dans le parc voisin de l’école, ou encore cet atelier d’accrochage d’abris à oiseaux en maternelle. Ces moments étaient rares, j’en garde le souvenir de grands accomplissements, sans parler des classes découvertes qui marquent les années scolaires et construisent notre rapport aux autres. La classe dehors évoque donc pour moi un moyen merveilleux d’explorer les manières d’apprendre, hors les murs, là où chaque élève peut trouver sa place.

Margot : La classe dehors représente pour moi la clé d’un épanouissement nécessaire. L’apprentissage par l’expérimentation et l’observation à l’extérieur sont indispensables. Le jeu libre, notion fondamentale de la classe dehors a parfois manqué dans ma scolarité et c’est par des activités extrascolaires que j’ai pu pleinement m’épanouir. Les meilleurs souvenirs de ma scolarité se sont passés dehors : des courses d’orientations dans la ville lors de voyages scolaires au collège, des séances de méditation dans le parc de l’école d’Architecture avant les cours d’arts plastiques, des débats philosophiques dans la cour de mon lycée…

Moé : En entrant dans les études de paysage, l’arpentage fut une découverte sur la lecture spatiale, vivante, celle de la lecture du paysage. Être à l’échelle de l’arbre, ou de la rue, de l’extérieur, c’est avoir un corps qui possède plus de mouvement, et ainsi qui s’ancre dans son contexte. Faire cours avec le dehors, c’est une attache et un soin porté vers sa géographie d’aujourd’hui. La classe dehors amène cet apprentissage autonome, à toute échelle d’études, c’est une classe que j’aurais adoré vivre, pour sûr !

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Maternelles et écosystèmes

Sur l’île de la Réunion, six écoles maternelles, situées dans six circonscriptions académiques différentes, se sont regroupées dans un projet École du Dehors, étendu à l’échelle européenne grâce au programme Erasmus+.

Ce projet fédère, à La Réunion, une cinquantaine de participants – enseignants et directeurs d’écoles, formateurs, inspecteurs de circonscription. Ce cadre, « collectif et collaboratif », nourrit d’ores et déjà des réflexions qui ne se limitent pas à la seule « classe dehors » mais portent sur tout un écosystème écologique, relationnel, culturel, linguistique et éducatif.

Ont participé à cet entretien :

  • Marie-Claude Corre, directrice depuis 2015 de l’école maternelle Les Caramboles, à Saint-Paul. Cette école compte huit classes, depuis la toute petite section.
  • Denis Ouin, inspecteur de l’Éducation nationale du premier degré à l’Île de La Réunion depuis une douzaine d’années et, depuis dix ans, conseiller technique du rectorat de l’Académie de La Réunion pour la maternelle. À ce titre, il est co-pilote du projet Erasmus+ École du Dehors.
  • Axelle Picard, enseignante en grande section de maternelle à l’école Alexis de Villeneuve sur la commune de Saint-Benoît.
  • (Mireille Walter, enseignante en maternelle à l’école maternelle Les Caramboles, à Saint-Paul, était également présente lors de l’entretien. La qualité de la liaison n’a pas permis de retranscrire ses propos)

Quand et comment avez-vous entendu parler de « classe dehors » ?

Denis Ouin : Pour ma part, cela remonte à 2016. Cette année-là, j’avais conduit une évaluation d’école dans le sud de l’île, à la demande des enseignants qui faisaient face à des problèmes comportementaux chez les enfants, avec beaucoup d’incivilités. Nous nous étions intéressés à la manière dont on pouvait apaiser le climat général. À la même époque, ont émergé des projets « école du dehors » en métropole, en particulier dans l’est de la France. Notre attention s’est portée sur une école maternelle de Strasbourg, l’école Jacqueline. Il y avait alors très peu de ressources sur le sujet, même sur internet. Pendant les vacances, une enseignante est allée rencontrer l’équipe de l’école Jacqueline et elle est revenue à La Réunion avec l’idée de développer un projet de ce type.

Quelques mois plus tard, dans l’école que nous avions visitée, toutes les relations entre enfants s’étaient apaisées, et le climat général de l’école était beaucoup plus serein. Le projet s’était mis en place de manière quotidienne pour l’ensemble des classes de l’école. Tous les jours, chaque classe avait ses 45 minutes d’extérieur, avec les prémices d’une façon de faire classe différemment, qui s’appuie sur l’observation libre, l’exploration spontanée d’un espace aménagé en fond de cour, la prise de risque. À ma connaissance, ce fut le seul projet d’équipe au sein de l’Académie, jusqu’à ce que la crise pandémique nous amène à une certaine prise de conscience de la nécessité de faire évoluer nos représentations et nos comportements en termes de relation avec le milieu naturel.

Cette prise de conscience, en fait, questionne notre place dans un écosystème où l’homme n’est pas le centre du monde. Dans l’idée d’une reconnexion avec la nature, on retourne chercher notre essence et le sens de l’humain. Du coup, la classe dehors s’est diffusée de façon assez spontanée en sortie de confinement, en application des recommandations du Ministre de l’Éducation nationale.

Marie-Claude Corre : Dans l’école que je dirige et où j’enseigne, une collègue qui fait partie du groupe académique maternelle nous a présenté ce projet. Tout de suite, ça nous a parlé parce que cela rencontrait des pratiques qui avaient déjà été mises en place au niveau de l’école. Des enseignants se sont lancés tout de suite, d’autres se sont donnés un petit temps de réflexion. Six enseignants sur huit se sont engagés dans ce projet.

Axelle Picard : Je suis formatrice au sein du groupe Académique maternelle. J’ai entendu parler d’école du dehors il y a deux ans, via ce projet Erasmus+. Ici, à l’île de la Réunion, il fait parfois très chaud, et les classes ne sont pas climatisées. On sortait régulièrement à l’extérieur, ne serait-ce que pour lire des histoires ou faire des goûters. D’une certaine manière, je faisais déjà classe dehors sans mettre un nom dessus. Nous sommes une école maternelle avec trois enseignantes, la directrice, ma collègue de moyenne section et moi. Nous sommes engagées toutes les trois dans le projet Erasmus+. Mes collègues de moyenne et de petite section sont associées sur un projet de potager, et je suis pour ma part sur un projet en lien avec la cour de l’école, une très grande cour arborée qui nous permet de faire découvrir toute la faune et la flore réunionnaise.

L’île de La Réunion offre une grande diversité de paysages, de flore et de faune, qui semple propice à la classe dehors, comment le montrent des vidéos que vous avez postées (une forêt, un volcan…). Y a-t-il d’autres spécificités territoriales propres à La Réunion ?

Axelle Picard : Il y a en effet une grande diversité de faune et de flore, notamment endémiques. Avec notre école, à Saint-Benoît, en quinze minutes de bus, on peut être aussi bien sur le littoral que pouvoir visiter une forêt en moyenne altitude. Ça ouvre pas mal de possibilités. Mais se rajoute à ça une autre spécificité, c’est la langue créole. En maternelle, où le langage oral est très important, il y a de nombreux élèves dont la langue maternelle est le créole et non le français. Quand on va dans la cour de l’école, on peut faire simplement le lien entre leur langue maternelle et le français, en nommant ce que l’on voit (je parle les deux langues). Par exemple, en créole, on ne parle pas d’arbres mais de « pieds » et de « bois » : un bananier, c’est un pied de bananes. À partir d’observations, on peut faire travailler les enfants sur ce bilinguisme. Cela vaut pour les enfants qui parlent créole mais aussi pour ceux qui sont originaires de la métropole et ne parlent pas un mot de créole : c’est aussi un moyen pour eux et pour moi de partager nos cultures.

Denis Ouin : À partir d’observations et de manipulations très concrètes en maternelle, les enfants accèdent à de hautes abstractions. Par les langues, deux façons de penser le monde, en français et en créole, s’installent de manière naturelle et spontanée chez les jeunes enfants. L’éducation par la nature participe aussi d’une forme de partage et de réappropriation culturelle.

Le projet Erasmus+ implique six écoles de La Réunion, dans différentes circonscriptions académiques. Qu’est-ce qui fait lien entre vous, et comment envisagez-vous l’échange avec d’autres expériences, en Europe ?

Denis Ouin : En premier lieu, ce qui fait lien entre nous, c’est une dynamique de construction d’une professionnalité, qui passe d’abord par des gestes et des postures. Nous sommes en recherche et en construction de cette pratique. Je suis passé récemment à l’école des Caramboles où travaillent Marie-Claude en tant que directrice et Mireille en tant qu’enseignante. L’un des premiers effets dont témoigne l’équipe enseignante, c’est une transformation de la posture professionnelle qui va vers plus de lâcher prise. Il y a une certaine acceptation de l’incertitude, de la prise de risque, qui permet d’adopter d’autres postures, de prendre ce que les enfants donnent, et de composer avec ce que la nature apporte.

Le projet Erasmus+ regroupe une cinquantaine de participants : des représentants de six écoles de six circonscriptions qui se sont engagées, mais aussi treize formateurs et trois inspecteurs de circonscription, ce qui en fait un projet collectif et collaboratif. On tâche d’instaurer une certaine horizontalité dans les relations. Inspecteurs, formateurs, directeurs, enseignants : chacun a sa part d’expertise. Il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui apprennent, on apprend tous ensemble.

Cette réflexion partagée, cette mutualisation vont sûrement nous permettre d’aller plus loin. D’ores et déjà nous produisons des ressources, qui sont mises en ligne sur le site de l’Académie, et dès l’an prochain, les enseignants des écoles engagées dans le projet pourront intervenir en formation auprès d’autres équipes scolaires qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure.

Marie-Claude Corre : Cet aspect du « lâcher prise », dont parle Denis Ouin, est important. On a parfois du mal à s’aventurer, et on s’est lancés de façon empirique. L’implication de l’inspecteur maternelle qui apporte son expertise dans la gestion d’un tel projet, cela donne une ampleur académique inédite, qui dépasse les frontières de la circonscription. Et les échanges réguliers que nous avons en visio-réunion avec toutes les écoles et les enseignants qui participent à ce projet sont particulièrement enrichissants. Cela nous permet de témoigner de notre pratique, de l’analyser et de se poser des questions. Ça fait vraiment progresser tout le monde. Maintenant, je pense qu’on a besoin de s’ouvrir aux autres, de montrer ce qu’on fait, et aussi d’aller voir ailleurs pour chercher à améliorer nos pratiques et nos postures.

Denis Ouin : Nous étions cette année dans la mise en place du projet. J’ai pu intégrer trois journées de regroupement collectif, sur trois sites au cours de l’année prochaine : au volcan, dans un jardin botanique et autour d’un étang. La cinquantaine de participants au projet de la classe dehors seront présents pour pouvoir se rencontrer physiquement et créer des groupes de travail, qui viendront compléter les liens distanciels que nous avons eus jusqu’à présent.

Axelle Picard : À titre personnel, je suis devenue formatrice parce que j’adore apprendre, et on fait de toute façon un métier qui nous demande sans cesse de nous renouveler et de nous former. Le projet Erasmus+ offre cette possibilité d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Les pays nordiques, en l’occurrence, sont beaucoup plus avancés que nous sur l’école du dehors, avec une pédagogie qui est très différente de la pédagogie française. Il y a sans doute des choses à réinvestir ici, à La Réunion.

Denis Ouin : Lors des vacances de mai, un groupe est allé en Islande. Et un groupe de huit participants part en Suède pour des visites d’observation, avec l’idée de créer une dynamique partenariale sur plusieurs années, avec des allers-retours entre la Suède et La Réunion. Nos partenaires suédois seront d’ailleurs présents en septembre, lors du premier regroupement que j’évoquais. La Suède est un pays qui a fait le pari d’une éducation de la petite enfance assez différente du système français. Les pays scandinaves, de façon générale, se sont beaucoup inspirés des « Wooden Schools ». En Suède, l’éducation est préscolaire avant six ans ; l’enfant se développe et grandit dans une approche éducative holistique de son développement. Nous allons chercher chez nos partenaires européens un décalage de notre propre regard.

Dans l’expérience que vous menez à La Réunion, faites-vous de l’inter-degrés, de façon à nouer une relation avec des collèges, voire des lycées ?

Denis Ouin : La dynamique est en cours, parce que le parcours de l’élève est continu. L’idée de l’inter-degrés passe par la mobilisation de compétences, que ce soit avec des classes primaires, de collège, voire de lycée. J’ai commencé à travailler avec une coordinatrice de collège. La dynamique va s’étendre à d’autres pour que, par exemple, des classes de sixième, encadrées par un professeur de sciences ou de géographie, puissent prendre en charge une classe de maternelle, que les plus grands soient tuteurs des plus petits. Il existe déjà, au niveau de l’académie, des instances qui réunissent le premier et le second degré ou des classes de maternelle et de primaire. Nous sommes encore dans les prémices, mais on avance avec toutes ces perspectives d’ouverture.

Marie-Claude Corre : À mon niveau, on essaie de mettre en place un partenariat avec l’école élémentaire qui est mitoyenne de notre école maternelle, et on fait partie du même réseau d’éducation prioritaire. Cela pourrait concerner des élèves du dispositif ULIS. Pourraient aussi être associés quelques élèves décrocheurs de classes de sixième, pour lesquelles les activités à l’extérieur semblent particulièrement bénéfiques.

Au-delà du milieu scolaire, le projet de classe du dehors met-il en œuvre des partenariats territoriaux (collectivités, associations…) ?

Marie-Claude Corre : On collabore beaucoup avec les services municipaux, qui sont très intéressés par notre projet. On les a ainsi sollicités au niveau de la logistique pour aménager la cour de l’école, avec des plantes, une butte de terre… On travaille aussi avec la communauté d’agglomération. L’école du dehors est reliée à des projets plus larges sur l’environnement et le développement durable. Il nous reste à solliciter des associations de quartier, des éco-délégués, et puis aussi au niveau culturel relier ce que l’on fait à la culture créole, par exemple faire intervenir des conteurs qui viendraient dans la nature, avec les enfants.

Axelle Picard : Notre équipe est dans une petite école dans les hauteurs, pas dans les montagnes, mais presque. On a une départementale qui passe juste à côté de l’école. Si on veut sortir en nature, on a absolument besoin d’un bus. Donc nos projets d’équipe se passent pour l’instant essentiellement au sein de l’école. On a une grande cour, autant l’investir à fond.

On se rapproche également des associations de quartier, que nous avons contactées. L’idée est aussi d’aller chez des particuliers, chez la famille, les grands-parents notamment, qui ont pour certains des jardins très riches.

Denis Ouin : Il faut aussi parler de la place des parents dans le projet. Nous les impliquons dans une perspective de coéducation. Leurs compétences, leurs connaissances du milieu naturel sont sollicitées.

Il y a également une grande volonté d’ouvrir les écoles au monde extérieur. Nous cherchons aujourd’hui des ressources pour le faire. Une association qui traite des plantes aromatiques et médicinales travaille déjà avec certaines écoles. J’ai engagé des contacts avec l’ONF, j’ai aussi contacté Aurélie Zwang, qui conduit en métropole un projet de recherche action « grandir avec la nature » initiée par le réseau FRENE.

Chaque école travaille dans son contexte et de manière à la fois autonome et reliée, avec l’objectif de créer du commun. Le projet s’appuie sur la diversité des dynamiques engagées dans les équipes comme lame de fond pour créer de la coopération. Cette démarche suppose une horizontalité des relations. On peut dire que nous avançons dans la construction d’un éco-système interconnecté.

Y a-t-il des enseignements inattendus que vous tirez d’ores et déjà de l’expérience que vous avez engagée ?

Denis Ouin : La démarche collective permet de partager certaines réflexions. Par exemple, nous avons commencé à évoquer dans nos dernières visios, la question de la complémentarité entre école du dehors et « école du dedans ». On peut lire un livre ou raconter une histoire en classe, ou le faire sous un manguier. Pour l’avoir observé à plusieurs reprises, c’est profondément différent en termes de capacités de concentration et d’attention des enfants. Il y a aussi toute la question de l’approche pédagogique, centrée sur l’enfant, privilégiant le jeu libre, ou sur les apprentissages scolaires, celles de la manipulation par les enfants, qui peut se pratiquer par transfert des activités du dedans ou par adaptation aux propositions du dehors, etc.

Mais si on voit les choses de manière dichotomique, on reste dans des pensées séparées. Ce qui est intéressant à observer, c’est comment la pratique du dehors impacte celle du dedans, et vice versa. À partir de là, on est dans une approche intégrée, une conception des enseignements et des postures d’accompagnement qui se réinterroge dans la globalité de la journée et de la semaine scolaires, que nous n’avions pas anticipée.

Au fond, derrière tout cela, il y a toute la question du développement de l’enfant et de la prise en compte de ses besoins à l’école maternelle.

L’approche est globale, elle concerne les fondements éducatifs et pédagogiques, tous les domaines d’apprentissages du programme, de la langue et des langues dans un contexte plurilingue créolophone et des premiers éléments mathématiques, mais elle concerne aussi les compétences sociales, cognitives et émotionnelles.

Marie-Claude Corre : En fait, ce projet permet de mettre en œuvre toutes les valeurs de l’école, de redéfinir nos relations entre collègues, entre les élèves eux-mêmes, entre l’école et les familles…

Denis Ouin : Au sein du groupe engagé dans le projet école du dehors, il y a une émulation, une pensée créative et solidaire. D’une certaine manière, la crise pandémique a remis la relation humaine au centre de nos préoccupations. Ce projet y contribue, tant du côté des enfants que du côté des adultes, des enseignants, des parents, des partenaires avec lesquels nous travaillons. Une façon d’éduquer en conscience.

Propos recueillis par Benjamin Gentils
Édition Jean-Marc Adolphe.

Cet article est placé sous licence CC-BY-SA 4.0

Cet entretien est publié dans le cadre de l’action classe-dehors : classe-dehors.org

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Journal de bord des Rencontres #4​

Pour la rentrée, les Rencontres Internationales de la Classe Dehors s’inscrivent dans l’espace éducatif francophone sous la forme d’une biennale. Reste à savoir si elle s’installera à Poitiers dans la durée ou si elle sera itinérante en France voire à l’international.

Pour rejoindre la dynamique des Rencontres, il est déjà possible de se pré-inscrire ici et de proposer un atelier . Pour s’informer, il est possible de vous abonner à l’infolettre mensuelle de la classe dehors.

L’affiche réalisée par Margot, Moé et Nolwenn est terminée, elle sera mise en ligne et imprimée sous forme de cartes à rassembler dès la semaine prochaine. Il sera proposé à des artistes et des élèves de la réinterpréter, à des auteurs et autrices jeunesse de les raconter.

L’organisation des rencontres, portée par la Fabrique des Communs Pédagogiques, s’appuie sur un comité d’organisation chargé de suivre la conception des Rencontres, un comité scientifique* chargé de s’assurer de la qualité des contributions au colloque dont l’appel à communication sera diffusé la semaine du 26 septembre et un collège des chantiers qui regroupe architectes, urbanistes, géographes, paysagistes et designers pour suivre les projets d’aménagement et de construction des Rencontres et la programmation.

Le financement des rencontres passera pour 50% par de la valorisation de bénévolat et de dons en nature d’organisations contributrices et 50% par des financements publics et privés. Une collecte de fonds est en cours et la ville de Poitiers a été le premier financeurs des Rencontres à s’engager. Par ailleurs, afin d’accompagner au mieux les organisateurs dans l’appropriation de l’espace public, un copil services et élus pour suivre l’organisation des Rencontres est en montage.

L’Éducation nationale sera pleinement associée aux Rencontres Internationales de la Classe Dehors, l’accord de principe de l’Académie de Poitiers a été donné par la Rectrice tandis qu’un rendez-vous est planifié avec son directeur de cabinet, en lien avec les quatre Dasen (Directeurs académiques des services de l’Éducation nationale) de l’académie (Deux-Sèvres, Charente-Maritime, Charente, Vienne). Le Réseau Canopé prendra une part active lors de ces Rencontres, une programmation conjointe est en cours de conception. Des discussions ont par ailleurs été ouvertes avec l’IH2EF et France Education Internationale.

Les établissements publics prendront également une place singulière, des discussions sont en cours avec l’ADEME, le CNES et l’IGN, et une co-programmation est en cours d’élaboration avec l’Office Français de la biodiversité. Du côté des associations enseignantes et d’éducation populaire, des échanges sont en en cours avec l’Apému, l’APSES, les Cahiers Pédagogiques, l’Icem Freinet, la Ligue de l’Enseignement et les Ceméa. Un travail préparatoire est également à l’œuvre avec des associations de défense de l’environnement et de collectivités et un appel à mobilisations des réseaux d’éducation à l’environnement sera diffusé avec le soutien du CFEEDD, du FRENE, du Graine Poitou-Charentes et de Tous Dehors France. Pour soutenir, transmettre et échanger, un appel à mobilisation des retraités de l’éducation est en cours de finalisation.

L’ensemble des acteurs sera également mobilisé pour encourager et soutenir les enseignantes et les enseignants qui voudront participer à la semaine francophone de la classe dehors qui se déroulera en même temps que les Rencontres. Ainsi, il sera proposé aux enseignantes et aux enseignants de la francophonie de faire classe dehors depuis leur territoire et de partager en ligne photos, témoignages et pratiques pédagogiques. Nous espérons en faire un axe fort du partenariat avec l’académie de Poitiers puisque l’idée de Semaine francophone de la classe dehors est directement inspirée de la journée départementale de la classe dehors mise en place en 2022 par la DASEN de Charente.

Un site web regroupant l’ensemble des informations nécessaires pour participer et contribuer aux Rencontres sera mis en ligne la semaine du 26 septembre prochain.

 

*Membres du conseil scientifique : Adelaide Boëlle, Akalay Mustafa, Alexandre Monnin, Alexis Kauffmann, Alix Cosquer, Antoine Burret, Antoine Henry (coordinateur), Anne Philipson, Anne-Louise Nesme, Ariane Azema, Arlette Sancery, Aurélie Zwang, Bernard Defrance, Caroline Rozenholc, Chris Younes, Christina Wolf, Claire Hebert Suffrin, Crystèle Ferjou, Dominique Cottereau, Edwige Coureau-Falquerho, Eric Lenoir, Emeline Baudet, Eric Fleurat, Erwan Vappreau, Georges Federman Yoram, Gilles Rabin, Gillian Cante, Hervé Le Crosnier, Irène Pereira, Isabelle Filliozat, Jean-Christophe Hortolan, Jean-François Cerisier, Jean-Michel Zachartchouk, Julie Delalande, Julie Duval, Laura Nicolas, Laurent Ott, Lionel Maurel, Luc Gwiazdzinski, Matei Gheorghiu, Matteo Colleoni, Michael Ricchetti (coordinateur), Mohammed Chadli, Mohammed Melyani, Moussali Abdella, Nicolas Tocquer, Olivier Frérot, Pascal Clerc, Philippe Nicolas, Roberta Ghelli, Stéphanie Guiné, Sophie Pène, Sylvain Connac, Sylvie Lardon, Sylvia Fredriksson, Théo Manola, Théodore Zeldin, Thierry Paquot, Yann Lheureux, Yvette LathuillièreR

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Audrey Ledoux : « SacAdo, un outil pédagogique pensé par des enseignants et pour l’enseignement »

Entretien avec Audrey Ledoux, co-animatrice de la plateforme en ligne SacAdo,
qui propose « un outil pédagogique pensé par des enseignants et pour
l’enseignement »

 

Enseignante au lycée français de Florence, Audrey Ledoux est l’une des six membres
bénévoles de l’association SACADO, qui partagent la volonté de proposer un outil numérique
gratuit pour les enseignants et animent avec passion une plateforme en ligne d’ores et déjà
utilisée par plus de 4.300 enseignants et près de 104.000 élèves.
Créé en mars 2020 par deux enseignants : Philippe Demaria, enseignant de mathématiques
au lycée français de La Marsa (Tunisie) et Bruno Serres, professeur de mathématiques au
lycée français de Managua (Nicaragua), SacAdo est un outil pédagogique de formation et de
suivi dont les options permettent à chaque enseignant d’adapter son utilisation à ses choix et
besoins pédagogiques, en mathématiques, en sciences physiques et chimie, et en NSI, pour
tous les niveaux d’enseignement, de la maternelle à la Terminale.

https://sacado.xyz/


Vous faites partie de l’équipe qui anime la plateforme SacAdo. Qu’est-ce qui vous conduit à
rejoindre ce projet ?
Audrey Leroux : C’est une longue histoire, avec de petites graines qui ont été semées dans mon
parcours. J’ai fait des études de chimie très approfondies, et dans ce cadre, je me suis intéressée à la
chimie numérique, qu’on appelle aussi computationnelle, qui consiste à simuler la place des électrons
dans les molécules. Cela utilise des logiciels très complexes, d’ailleurs non libres. Pour utiliser ces
logiciels, j’ai dû installer le système d’exploitation Linux, et j’ai commencé à prendre goût à la liberté
que ça offre, alors qu’au départ, apparemment comme beaucoup de femmes, je n’étais pas
spécialement intéressée par l’informatique.
Je me destinais à être ingénieure en chimie, et puis j’ai complètement changé d’orientation pour
devenir enseignante. Des raisons diverses m’ont amenée en Italie ; je suis entrée au lycée français
de Florence en tant qu’enseignante de physique chimie, et puis, assez rapidement, j’ai été amenée à
donner aussi des cours de technologie et de NSI. J’ai alors remis les mains dans l’informatique, avec
les cartes de commande Arduino, Microbit avec Python, etc. Là-dessus est arrivée la réforme du
lycée, avec la possibilité de passer un diplôme pour enseigner l’informatique au lycée. Là, je me suis
prise de passion pour le monde de l’informatique, l’algorithmique, le langage de programmation
surtout Python, et puis la création numérique est arrivée tout naturellement. Lors de cette formation
diplômante, j’ai rencontré des collègues tout aussi passionnés qui ont commencé, pendant le
confinement, à construire une plateforme de ressources pédagogiques libres. Ils utilisent un logiciel
libre, Geogebra, sans lequel nous n’aurions pas pu réaliser SacAdo. L’intérêt du libre, c’est de
pouvoir faire avancer la communauté des ressources numériques.

Beaucoup des établissements qui se sont abonnés à Sacado sont des établissements français à
l’étranger. Comment l’expliquez-vous ?
L’initiative est née pendant le premier confinement ; il y a eu une nécessité très forte à l’étranger
d’utiliser des outils numériques, notamment dans certains pays qui ont eu un confinement très long
et rigoureux comme ça a été le cas en Italie, où on est resté plusieurs mois sans se voir ni mettre le
pied dehors. D’autre part, les fondateurs de Sacado font partie du réseau de l’AEFE (Agence pour
l’enseignement français à l’étranger), et c’est donc là, par le bouche-à-oreille, que la plateforme a
commencé à être diffusée.


Les statuts de l’association mentionnent très clairement le travail coopératif et la co-formation des
enseignants. Cet aspect coopératif est très important pour vous.
C’est fondamental. On a créé l’association très rapidement, pour accoler SacAdo à une démarche
éthique, avec la volonté de dire que c’est fait par des enseignants, pour les enseignants. De fait, les
enseignants se sont sentis libres de nous faire part de leurs remarques, de signaler ce qui pouvait être
amélioré. On échange avec eux en permanence, et il nous a paru très naturel de créer une association
pour initier une réflexion commune sur l’usage des outils numériques dans la pratique pédagogique,
qui soulève des questions très vives.


Quelle est la proportion d’enseignants qui, d’utilisateurs, deviendraient ensuite contributeurs,
auteurs d’exercices ou de parcours ?
Au début, nous avions essentiellement des exercices codés en Geogebra. On avait du mal à trouver
des contributeurs parce que c’est complexe et très chronophage. Avec l’évolution des besoins, on a
associé d’autres outils, comme LaTex, un langage de plus en plus connu par les enseignants qui
permet de mettre en page des exercices avec des formules mathématiques ou scientifiques. On a un
autre outil qui est celui des flashcards, des cartes de mémorisation de type Les incollables, qui
semblent très intéressants, selon les neurosciences pour la mémorisation dans les
matières scientifiques. Les contributions se mettent en place. C’est un site qui est vraiment en
effervescence


La grande majorité des enseignants-développeurs avec lesquels nous avons mené des entretiens
intervenaient dans le primaire. Or, sur SacAdo, il y a d’ores et déjà des exercices et des parcours
pour des classes de première et de terminale, et même quelques exercices pour des classes
préparatoires.
On veut en effet casser les barrières entre enseignement secondaire, enseignement supérieur,
enseignement maternel, enseignement primaire, et promouvoir l’interdisciplinarité, communiquer
entre les différentes matières. On fait la jonction entre les différents niveaux, et ça permet de
grandement s’améliorer en tant qu’enseignants.


Avec le nombre d’enseignants, d’élèves et d’établissements scolaires qui vous suivent, on imagine
que le ministère de l’Éducation nationale est vivement intéressé par votre initiative. Est-ce le cas ?
On est en train de s’accrocher au GAR, le gestionnaire ministériel d’accès aux ressources, qui permet
de sécuriser les données des élèves. Et puis, on a été repérés par une section de la DNE pour le
développement des logiciels libres et la mise en commun de ressources pédagogiques, on nous a
expliqué que le ministère a la volonté de favoriser l’émergence de logiciels numériques pour
l’éducation, français, qui puissent prendre un peu d’indépendance sur des sites commerciaux de
grandes multinationales.

Votre enthousiasme fait penser, toutes proportions gardées, à celui qui animait les initiateurs de
premières radios libres, au début des années 1980 Il y a quelque chose de relativement pionnier,
le sentiment de développer collectivement quelque chose qui est en train de s’élaborer, qui n’est
pas encore pleinement reconnu.
Il y a de ça. On a l’impression de fonder certaines bases pour demain. Au fur et à mesure que l’on
avance, on se rend compte de l’enthousiasme des collègues, de l’enthousiasme des élèves à l’usage
d’un outil pédagogique qui a été pensé par l’enseignant et pour l’enseignement. On le voit dans les
résultats des élèves, on voit qu’on les aide véritablement. À partir de là, les questions fusent : en quoi
les aide-t-on, quel est l’apport véritable du numérique dans l’apprentissage de l’élève, qu’est-ce qu’on
peut faire avancer et comment le diffuser aux autres élèves et aux autres enseignants, comment
partager tout ce que l’on voit sur le terrain ? On se pose aussi beaucoup de questions par rapport aux
apports didactiques selon les neurosciences, qui est un autre aspect émergent de la pédagogie.


Les enseignants qui s’intéressent à SacAdo, sont-ils déjà motivés par l’univers du libre, ou bien
viennent-ils simplement en tant qu’utilisateurs, parce qu’ils trouvent l’outil pratique ? Comment la
philosophie du libre, qui est essentielle au projet, se diffuse-t-elle à travers les exercices, parcours,
modules que vous mettez en ligne ?
Les enseignants qui nous contactent sont conscients de ces enjeux, tout particulièrement ceux qui
nous indiquent des choses à améliorer. Cette volonté de voir évoluer l’outil, et d’y contribuer, émane
d’enseignants qui connaissent déjà l’univers du libre. Ceci dit, comme les premiers exercices que nous
avons proposés étaient assez difficiles à réaliser, on n’a pas encore exploité tout le potentiel de cet
univers, mais avec l’arrivée des exercices en LaTex, où le code source est facilement modifiable, on a pu
solliciter davantage chez les enseignants cette fibre du libre et de la contribution aux ressources
éducatives numériques.


Dans votre propre pratique d’enseignante, mais aussi par les retours d’autres enseignants qui
utilisent SacAdo, qu’est-ce que cela change en termes de pratique pédagogique ?
Tout d’abord, l’enthousiasme dont on parlait à l’instant transparaît en classe ! Chacune de mes
séances de classe est imprégnée par cet usage du numérique et de l’informatique. Avec SacAdo, je
n’hésite pas à montrer ce qui marche, ce qui ne marche pas. Et les élèves eux-mêmes commencent à
contribuer, c’est très stimulant.
J’ai mis en place des quizz rituels où les élèves peuvent répondre directement. Ce rituel, à chaque
cours, est très important pour que les élèves se concentrent dans la séance. Ces exercices individuels,
avec un feedback instantané, concernent des compétences ciblées, très simples, qui permettent de
travailler les automatismes des élèves. Cela permet qu’ils ne butent pas sur des choses élémentaires,
et donc de valider des savoir-faire fondamentaux pour pouvoir passer à une problématisation plus
complexe des mêmes compétences mises en jeu. L’outil numérique en soi permet vraiment
d’individualiser le travail des élèves et le retour de la correction.


Cela permet aussi une certaine forme d’auto-évaluation des élèves ?
Absolument ! C’est le principe même des exercices avec retour correction. Cela permet vraiment une
autonomie des élèves, une auto-gestion des besoins en apprentissages. C’est un des principes de
l’apprentissage adaptatif que nous promouvons. et ils aiment l’interface numérique, cela correspond
à leur génération.

SacAdo est une plateforme qui est amenée à s’enrichir. Comment voyez-vous SacAdo dans cinq
ans ?
J’espère que ce sera un outil multiusage pour les enseignants et un canal d’enrichissement dans le
domaine du développement des ressources numériques éducatives, totalement intégré dans leur
pratique tout simplement parce qu’ils n’auront eu de cesse de nous dire de quoi ils ont besoin.


Vous disiez au début de cet entretien que vous avez suivi des études assez poussées en chimie.
Vous avez passé un doctorat, et même déposé un brevet. Vous auriez pu gagner beaucoup d’argent.
Pourquoi avoir choisi la voie de l’enseignement ?
En effet, j’ai passé à l’étude de longs entretiens pour travailler dans de grands groupes, notamment
un célèbre groupe pétrolier que je ne citerai. Mais, voilà, après cinq ans dans la chimie
(travaux de master et de doctorat), j’avais fait le tour et ça ne « crépitait » plus, le champs des
possibilités me semblait trop restreint. Il était évident pour moi que ce n’était pas ma voie. Et j’ai
toujours été animée par cette passion de l’enseignement, de la recherche, de la transmission.


Si le ministère de l’Éducation nationale décidait de financer ce travail d’enseignants-développeurs,
vous permettant ainsi de vous y consacrer à plein temps, quelle serait votre position ?
J’adorerais, ce serait une nouvelle page et un nouveau challenge valorisant, tout en gardant un
pied dans la classe parce qu’il est fondamental pour créer des ressources éducatives de rester en
contact avec les apprenants. L’informatique est devenue une deuxième passion et j’ai la chance de
pouvoir mélanger les deux.


Avec SacAdo, vous formez déjà une communauté, mais de façon plus large, qu’attendez-vous d’une
communauté d’enseignants-développeurs que cherche à promouvoir la Fabrique des communs
pédagogiques ?
Nous sommes tous plus ou moins autodidactes. Il faut créer des liens et donner du sens. Et donc, tout
ce qui peut contribuer à la collaboration, à l’échange de pratiques autour des outils numériques et de
leur développement pour les enseignants, au partage de réflexions, est extrêmement précieux.

 

Propos recueillis par Jean-Marc Adolphe et Hervé Baronnet.

Cet article est placé sous licence CC-BY-SA 4.0

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Des clés pour apprendre dehors.

En 2021-2022, dans le cadre de son plan de formation continue des enseignants, l’Académie de Lyon a proposé un module de six heures pour les initier et les accompagner à la pratique de la classe dehors. Plus de 200 participants ont suivi cette formation, qui sera reconduite lors de la prochaine année scolaire. À l’origine de cette initiative, Yvette Lathuilière, conseillère pédagogique départementale en éducation au développement durable, raconte ici la genèse et souligne les enjeux liés au développement de la classe dehors.

Vous êtes conseillère pédagogique départementale en éducation au développement durable pour l’Académie de Lyon, et à ce titre, vous avez initié en 2020 un vaste plan de formation sur l’école du dehors, à destination des professeurs des écoles. Avant d’évoquer plus précisément cette formation, quelles sont les sources, personnelles et professionnelles, qui vous ont conduit à vous intéresser à ce sujet ?

A titre personnel, je m’intéresse depuis longtemps aux questions environnementales. J’y ai notamment été sensibilisée au sein des compagnons de Saint-François d’Assise, un mouvement franciscain mais laïc, où la question de l’écologie, au sens large, était présente dès le début des années 1980.
Sur un plan professionnel, j’ai débuté dans l’Éducation nationale comme professeure des écoles, et j’ai ensuite passé une maîtrise en sciences de l’éducation, ce qui m’a permis de prétendre à un certificat (CAFIPEMF) et d’encadrer des enseignants-stagiaires, d’abord comme professeure-formatrice, puis conseillère pédagogique. J’appartenais par ailleurs à différents groupes de réflexions pédagogiques départementaux, que ce soit en mathématiques, en sciences, en maîtrise de la langue et en éducation au développement durable. La conseillère pédagogique qui était chargée du développement durable est partie dans la Drôme en 2016, et j’ai alors été amenée à la remplacer, sur son poste à temps plein ; ce qui est relativement unique. Je ne suis pas certaine que d’autres départements français disposent d’un poste à temps plein pour cette fonction sur le développement durable. C’est donc relativement novateur, mais dans le Rhône, ça existe déjà depuis plus de dix ans.

L’an passé, comment avez-vous eu l’idée de mettre en place un projet de formation à l’école du dehors, qui a touché un grand nombre d’enseignants ?

C’est tout un cheminement. Entre l’automne 2018 et le printemps 2019, j’avais participé à plusieurs sessions d’une Agora sur comment éduquer à la nature, comment mettre au centre du développement humain, l’éducation à la nature. J’avais rencontré des gens intéressants qui m’ont permis d’avancer dans la réflexion. Ainsi, on s’est retrouvés en 2019-2020 autour d’une recherche-action sur un territoire de Lyon, la Duchère, justement pour permettre aux enfants des écoles de se relier à la nature en profitant de la proximité du parc communal du Vallon. Ce parc a été rénové en 2014 par la Ville mais n’était pas investi par les enfants et les familles. Avec la circonscription et les chercheurs de Lyon 2 engagés à nos côtés, en lien avec le réseau Ecole et Nature (devenu le FRENE) et trois partenaires associatifs, on a lancé cette recherche-action qui a été interrompue par le premier confinement de 2020 lié au Covid : les immersions mensuelles démarrées en septembre, par six classes de CE1 (environ 70 élèves) se sont arrêtées mi-mars.
J’avais rencontré en 2019, Moïna Faucher-Delavigne et Mathieu Chéreau alors qu’ils conduisaient l’enquête approfondie relatée dans leur livre « L’enfant dans la nature. Pour une révolution verte de l’éducation » (Ed. Fayard). Quand j’ai compris, au printemps 2020, qu’ils reprenaient avec vigueur le sujet de la classe dehors, j’ai fait le lien avec notre travail. J’étais en rapport avec des acteurs de la Métropole, des acteurs associatifs dont l’ADES du Rhône (Association départementale d’éducation pour la santé) ; on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire du point de vue de la formation des enseignants. J’ai réfléchi avec mes collègues formateurs dans le cadre du groupe départemental pour l’éducation au développement durable, et parallèlement, s’est formé un collectif de sept associations métropolitaines pour l’éducation dehors. Nos volontés parallèles ont croisé l’envie d’essayer de faire le saut ensemble, grâce au soutien de la métropole de Lyon et en accord avec la direction académique.
Nous avons donc décidé de faire une proposition dans le cadre du Plan académique de formation. Ce que j’ai fait en juin 2021, et à la rentrée de septembre, alors qu’on pensait avoir une trentaine d’inscrits, on en avait 300 ! On a planifié des séances tous les mercredis de janvier à mi-mai mais malheureusement, compte tenu de la situation sanitaire, le Recteur a décidé de suspendre toutes les formations de janvier et février, jusque mi-mars, pour laisser les enseignants plus à la tâche dans leurs classes et les dispenser de sessions de formation pendant cette période ; ce qui a bousculé complètement notre calendrier. Nous avons dû tout reprogrammer au maximum des possibles de mi-mars à fin juin. Cela a forcément réduit un peu le nombre d’enseignants, certains n’étant plus disponibles pour ces nouvelles dates, mais on a quand même réuni 219 participants, et il y a de nouvelles demandes pour l’année prochaine.

Avant la crise sanitaire, la pratique de la classe dehors était relativement marginale. Les périodes de confinement ont certes contribué à ce que des enseignants s’y intéressent plus activement, mais est-ce la seule raison à cet engouement ?

Il y a au moins deux autres explications. L’une est liée au syndrome de manque de nature, identifié depuis 2005 par un certain nombre de recherches, notamment anglo-saxonnes. Ce manque de nature est éprouvé par de nombreux enseignants, tout autant que par les enfants. Les arbres de la cour d’école font partie du décor, mais on ignore bien souvent leur nom et leur mode de vie. Il y a un besoin de se connecter, et pour les plus âgés, de se reconnecter à la nature. Le deuxième facteur, c’est un besoin d’activités physiques, de davantage « s’aérer ». Voici quelques années, l’Académie de médecine a montré que seul un quart des enfants de six ans aujourd’hui ont un développement cardiaque équivalent à celui des générations d’il y a trente, ou quarante ans !
A cela, il faut ajouter des motivations pédagogiques. En étant dehors, le rapport direct au réel permet des expériences que l’on ne peut pas faire à l’intérieur. Cela vaut pour de nombreuses matières : – typiquement, en mathématiques, certaines notions sur les mesures et les ordres de grandeur peuvent être appréhendées plus justement. La conjugaison de toutes ces raisons explique la prise de conscience d’un vrai besoin, qui se traduit par un intérêt accru pour un enseignement dehors. Cela se développe fortement, et c’est désormais ancré chez de nombreux professeurs, principalement dans le primaire, et il y a aussi une volonté dans le secondaire. Mais dans le secondaire, une difficulté majeure tient à la configuration de l’emploi du temps : le plus souvent, les cours durent 55 minutes, ce qui est trop juste. Dans la classe dehors, les sorties durent a minima 2 heures, déplacements compris. Les professeurs des collèges et lycées doivent alors s’arranger et s’organiser entre eux.

Cet engouement que vous évoquez n’est cependant pas exempt de possibles appréhensions. Quelles sont celles que vous avez le plus fréquemment rencontrées ?

Les appréhensions les plus fortes sont liées au processus d’autorisation de la direction de l’école, voire de l’inspecteur ou inspectrice de circonscription, qui doivent à la fois valider un projet éducatif, c’est-à-dire une programmation d’apprentissages, et aussi toutes les questions de sécurisation des espaces qui vont être investis. Une autre appréhension est celle de l’accompagnement. Pour aller vivre des expériences variées liées à tout ce qu’on peut apprendre dehors, l’enseignant ne sort pas seul avec sa classe. Il faut être au moins deux, voire trois ou quatre, si l’on sort avec un groupe de 24 élèves ou plus ; pour travailler en petits groupes, et pas toujours en collectif – classe. Les enseignants peuvent solliciter l’accompagnement de parents, ce qui a une double vocation : – d’une part, cela contribue à l’encadrement du groupe, a minima à la surveillance de ce que font les enfants, et cela montre aussi aux parents que la classe dehors n’est pas une simple sortie récréative. Mais, selon les territoires, les parents sont plus ou moins en capacité de se rendre disponibles pour accompagner la classe de leur enfant.

Même si l’objet de la classe dehors n’est pas récréatif, cela permet tout de même un temps de respiration, dans tous les sens du terme. Il semble que cela puisse être bénéfique au rythme de l’enfant, qui est différent de ce que l’on désigne par « rythmes scolaires ». Le fait d’avoir des rythmes multiples dans une journée facilite peut-être la capacité de concentration dans les moments d’apprentissages …

C’est une préoccupation que j’ai depuis longtemps. En France, on n’a pas réussi à suffisamment impliquer pédiatres, ou pédo – psychiatres pour une prise en compte effective des rythmes circadiens de l’enfant dans nos choix de rythmes scolaires. Mais oui, ces sorties immersives, régulières, dehors doivent permettre de rythmer le calendrier scolaire pour favoriser des apprentissages spécifiques et bénéfiques à la bonne santé des élèves. A la suite de la recherche-action que nous avons menée sur Lyon 9 – la Duchère, une doctorante vient d’être engagée par la ville de Lyon et l’université de Lyon 2 – Laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs – afin de suivre pendant deux ans des enfants de CE1, puis CE2 – qui vont régulièrement faire la classe dehors – et mesurer les effets des activités de nature sur les mécanismes cognitifs (concentration, attention, mémorisation ,compréhension, …).Tout un travail de recherche qui est en train de s’affiner, avec la participation des enseignants.

Tôt ou tard va se poser la question de l’évaluation des pratiques de la classe dehors, peut-être avec des critères d’évaluation différents de ceux qui sont mis en œuvre dans l’Éducation nationale. Cette recherche action est déjà un élément de réponse, mais avez-vous pensé à la façon dont ces pratiques pourront être évaluées ?

C’est une étape indispensable qui va se dérouler en deux temps : – évaluation de la formation des enseignants et évaluation des acquis des élèves. Avec les associations et les enseignants impliqués dans cette formation, on finalise ce mois de juillet, un premier bilan de ce qu’on a vécu cette année. Pour la thèse future, on définit un protocole d’évaluations fondé sur des tests réguliers qui mesureront l’évolution des mécanismes cognitifs des enfants. Jusqu’à présent, on était principalement sur une évaluation de la formation des enseignants : ce qu’ils attendaient et ce qui peut leur manquer pour oser se lancer ou pour construire un plan d’apprentissages, en alternant les séances dedans et les séances dehors.

Cette formation vient de s’achever. Les premiers « résultats » seront sans doute perceptibles dès la rentrée prochaine ?

C’est assez hétérogène. Quelques enseignants avaient déjà commencé à faire la classe dehors et avaient besoin de renforcement. D’autres vont se lancer. Et on va proposer une seconde année de formation, sur la structuration des séquences d’apprentissages, qui correspond à une demande des enseignants : comment enchaîner les séances au fil des semaines.

Vous évoquiez aussi, dans l’élaboration et la préparation de cette formation, l’implication d’acteurs extérieurs à l’Education nationale. Cela est sans doute habituel avec des collectivités territoriales, mais peut-être moins avec des milieux associatifs (santé, éducation à l’environnement…). Il n’y a pas eu de réticences d’enseignants face à une telle ouverture ?

Au contraire, ils y étaient très favorables. Et dans le cadre de l’éducation à l’environnement et au développement durable, ces partenariats existent déjà. Sur un tel sujet, et plus largement sur l’éducation à la nature, on a besoin de partenaires locaux et de compétences spécifiques. Ce sont des mondes qui se méconnaissent parfois. Le ministre de l’Éducation nationale indique que l’éducation au développement durable va faire l’objet de nouvelles circulaires d’ici la prochaine rentrée. Dans le prolongement des modifications des programmes de 2020, de la maternelle à la fin de l’obligation scolaire, l’ambition de construire une culture civique fondée sur la conscience écologique de nos élèves, sera ré – affirmée et étayée. Les associations ne sont pas toujours informées de ces orientations. C’est quelque chose qui est en train de se construire ; le travail que nous avons engagé autour de cette formation a permis de se rapprocher, de mieux se comprendre.

Toutefois, le souci reste encore beaucoup celui du financement de telles actions partenariales, mais il y a des possibilités. La formation mise en place sur l’Académie de Lyon a été principalement financée, aux trois quarts, par la métropole de Lyon, le reste étant pris en charge par la direction académique ; sachant qu’il existe depuis quelques années déjà une convention entre le rectorat de Lyon et la métropole. Autour des questions d’éducation à la nature et de classe dehors, la prise de conscience s’accroit, pour le bien-être des élèves et des enseignants. Aujourd’hui, des communes se préparent à accompagner des démarches d’enseignants et, s’il le faut, à financer une partie des besoins.


Propos recueillis et édités par Jean-Marc Adolphe.

Cet article est placé sous licence CC-BY-SA 4.0.

Cet entretien est publié dans le cadre de l’action classe-dehors : classe-dehors.org

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Canopé, un magistère pour faire classe dehors dans le second degré

Opérateur du ministère de l’Éducation nationale, Réseau Canopé conçoit un éventail de formations au service de la communauté éducative. Sur la lancée de deux premiers parcours destinés aux enseignants du primaire et disponibles depuis 2021 sur la plateforme Magistère, Canopé a mis en ligne début mai un troisième module pour le collège et le lycée. Retour sur cette initiative avec Mélinée Chanard, qui a piloté ce projet au sein de Canopé, et Laure Pillot, enseignante, qui y a contribué.

(suite…)

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Classe dehors avec UNICEF France aux 20 ans du réseau « Ville amie des enfants »

À l’invitation d’UNICEF France, nous intervenions le 2 juin 2022 aux 20 ans du réseau « Ville amie des enfants » pour aborder les enjeux de la classe dehors et de l’apprentissage hors les murs lors de la table-ronde : « L’Éducation tout au long de la ville ».

La documentation de l’intervention, ce qui n’a pu être dit et une bibliographie étayée sont disponibles ici. (suite…)

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Journal de bord des rencontres internationales de la classe dehors #2

Du mercredi 31 mai au dimanche 4 juin 2023, se tiendront à Poitiers les rencontres internationales de la classe dehors, organisées par l’association la Fabrique des Communs Pédagogiques. (suite…)